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Sports: Affaire togolaise ou affaire Hayatou? February 26, 2010

Filed under: Sports — kikenileda @ 9:20 AM


La 27ème Coupe d’Afrique des Nations disputée en Angola en janvier dernier a été marquée par un fâcheux incident dont le caractère politique supposé n’a pas encore été établi, même si c’est le Front de libération de l’Etat du Cabinda (FLEC) qui a revendiqué cette attaque du 8 janvier contre la délégation sportive togolaise entrée par la route en terre angolaise, en provenance de Pointe noire au Congo. Deux dirigeants de l’équipe togolaise avaient perdu la vie, fort malheureusement dans cette attaque.

Malgré la tragédie de leur situation, et la charge émotive qui en a secoué l’Afrique sportive, les footballeurs togolais, après deux jours de réflexion, avaient quand même décidé de participer à la compétition, pour honorer, disaient-ils, la mémoire de leurs dirigeants tués. La presse avait relayé leur décision. Et c’est le gouvernement togolais qui en a décidé autrement, en rappelant leur délégation à Lomé pour observer plutôt un deuil de trois jours. Cette décision entraînait de facto le forfait de l’équipe togolaise, et appelait une réunion d’urgence du Comité exécutif de la CAF pour modifier le calendrier du tournoi, et appliquer la clause des règlements de la Confédération en matière de forfait.

La sanction est tombée, de manière assez lourde pour provoquer l’indignation des Africains qui savent respecter le deuil au point de penser que celui-ci peut justifier et non pas seulement expliquer toute défaillance rationnelle, une interdiction de participer aux éditions de 2012 et 2014 de la CAN. Comment comprendre cette extrême sévérité du Comité exécutif de la CAF à l’endroit d’une Fédération frappée par une tragédie inattendue même si elle était évitable ?

C’est ici qu’une certaine presse sportive, notamment française, misérabiliste à souhait sur les affaires de l’Afrique, a cru pouvoir utiliser un modèle de journalisme émotionnel pour transformer cette « affaire togolaise » en « affaire Issa Hayatou ». Pourquoi ? Parce que selon RFI, Jeune Afrique et autres, ainsi que leurs consultants, face au drame togolais dont les dirigeants portaient l’entière responsabilité morale, et le forfait de leur équipe imposé par une injonction du gouvernement togolais, le président de la CAF aurait dû d’autorité, empêcher le Comité exécutif de la CAF d’appliquer les textes de la Confédération. Exactement comme font les Chefs d’Etat africains pour empêcher l’application des lois de leur pays quand cela arrangent certaines catégories.

Toutes les organisations du monde pourtant, y compris les Etats africains, et a fortiori la CAF, fonctionnent sur la base des textes fondamentaux et règlementaires établis d’accord parties par leurs fondateurs et acceptés par ceux qui y adhèrent ultérieurement. La compassion, quelle qu’en soit les circonstances, ne peut dispenser du respect ou de l’application de ces lois des parties, que si cela y est expressément indiqué. Est-ce déjà le cas dans les textes de la CAF?

Lorsqu’on analyse les faits humains, en tant que journaliste ou spécialiste, il y a des limites que l’émotionnel ne doit pas franchir, au risque de subjuguer la pensée par des considérations irrationnelles qui faussent le jugement, et peuvent avoir des conséquences imprévisibles. Ces limites sont fixées par le principe de l’objectivité qui veut que dans tout procès, même du tribunal de l’opinion publique, avant de rendre un verdict, on ait statué sur les données et leurs causes, et établi la responsabilité du ou des accusés.

La presse sportive française en particulier, et le mimétisme africain ont, à partir des fantasmes personnels ou télécommandés, jugé et condamné Issa Hayatou à « démissionner ou à être démissionné » pour manque de compassion vis-à-vis du Togo. Il est dommage pour notre prise de position, que Issa Hayatou soit Camerounais. Mais nous venons de parler d’objectivité rationnelle, et le fait qu’elle n’ait pas de tribu nous oblige à insister sur certains faits.

La presse dont nous parlons, peut ignorer l’existence d’une lettre de condoléances que le président de la CAF a adressée au Chef de l’Etat togolais, M. Faure Gnassimbe, à l’occasion de ses trois jours de deuil national. .Mais qu’elle accuse Issa Hayatou d’avoir manqué de compassion à l’égard des Togolais après avoir rendu compte de sa visite à la délégation togolaise dans son hôtel au Cabinda, cela relève de la manipulation. On pourrait aussi s’étonner que certains journalistes aient passé la minute de silence demandée pour les morts togolais, plutôt à en compter le nombre de secondes qu’à avoir une pensée pieuse pour les intéressés.

Dans un certain type d’entretien où des médias français s’arrangent –en politique comme en sport- pour que le répondant exprime en fait le point de vue du journaliste, on fait dire à des vieilles gloires africaines qu’ « il n’est interdit nulle part aux équipes de voyager par la route ». Or il est établi que le seul mode de transport éligible au remboursement de la CAF, c’est l’avion pour lequel la CAF rembourse 30 billets par équipe en déplacement dans le cadre de ses compétitions.

A Pointe noire au Congo, les Togolais manquaient-ils d’argent, d’avion, ou obéissaient-ils à quelque marabout ? Le président togolais qui a laissé son équipe nationale se lancer dans cette aventure avait-il oublié ou minimisé les séquelles du conflit d’intérêts (miniers) qui de leur vivant a opposé son père et Jonas Savimbi alors président du FLEC? Aux confins de l’Angola et des deux Congo, l’équipe togolaise était-elle sous la responsabilité du Congo visité, de l’Angola ou du Togo ? Fallait-il que la CAF, par une commisération de mauvais aloi assume l’irresponsabilité de l’Etat togolais à l’origine de la tragédie humaine des « Eperviers » ?

Quoi qu’il en soit, la suspension du Togo tantôt qualifiée «catastrophique » ou «scandaleuse » n’est pas sans précédent, puisqu’en 1990 une décision analogue a frappé le Nigeria sans faire scandale. Quelle honte donc d’entendre les reporters de RFI et leurs consultants proclamer que Hayatou n’aurait pas eu la main aussi lourde « si le cas était arrivé au Cameroun, au Nigeria ou à l’Egypte qui abrite le siège de la CAF».

Bien que de droit privé, la CAF est assurément la seule organisation continentale africaine qui fonctionne sans problèmes majeurs et fait des résultats en termes de compétence et de dignité africaines. Appeler donc le monde entier à se mobiliser contre un président de la CAF dont le mandat actuel (qui s’achève en 2013) a été obtenu au Nigeria par un vote unanime des 53 fédérations membres de la Confédération, pour cause de sanction normale et méritée relève d’un dessein inavoué.

Et pourtant, la situation du Togo n’est pas désespérée au point qu’on doive appeler au secours le sommet de l’UA qui de toute façon se déclarerait incompétent, puisque la fédération togolaise de football, en application des mêmes règlements, peut faire appel au Tribunal africain des Sports (TAS), pour obtenir, soit l’annulation, soit l’atténuation, voire l’aggravation de leur sanction. Mais, pour cela, il faut vouloir respecter la voie de procédure plutôt que la voix de l’émotion.

Jean B. Sipa Le Messager

 

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