On Life, love and Politics

"Random musings about Life, love and Politics. Just my open diary on the events going on in the world as I see it."

Enam : La médiocrité au pouvoir December 16, 2009

Filed under: Opinion Corner/Votre opinion — kikenileda @ 9:44 AM

A l'heure où l'Etat fête les cinquante ans de
l'Ecole Nationale d'Administration et de Magistrature, n'est-ce pas le
moment de jeter un regard critique sur cette école supposée être "
d'excellence " ?

Au début, c'était l'Ecole Camerounaise
d'Administration, en abrégé, Eca. Fondée à la veille de l'indépendance
pour doter l'administration camerounaise de cadres, elle était moins
une copie indigène et tropicalisée de l'Ena de France, qu'une
continuation de l'Ecole Coloniale, devenue, par la suite, Ecole
Nationale de la France d'Outre-Mer, Enfom, dont les bâtiments se
trouvent, jusqu'à nos jours, au fond du jardin du Luxembourg à Paris.
L'esprit qui y régnait était celui des colons. On inculquait aux futurs
administrateurs camerounais, dans cette école, un sentiment de
supériorité. Il leur était enseigné qu'ils allaient appartenir au "
commandement ", que la société entière devait être à leurs genoux, en
leur qualité d'" autorités ", que les autres Camerounais étaient des
individus dont il fallait contenir le "mauvais esprit ".




De
développement ? Il n'en était que vaguement question. Ce qui primait,
c'était " l'autorité de l'Etat ". Un Etat légué par les colons à leurs
continuateurs indigènes, avec pour mission première de " mâter " la
population. Les diplômés de l'Eca, devenue par la suite Enam, ont été
ainsi les principaux soutiens, pour ne pas dire acteurs, en leur
qualité de préfets et de magistrats, de la dictature qui a été
instaurée au Cameroun, entre 1960 et 1966, et qui s'est atténuée depuis
le mois de décembre 1990. Entre temps, de l'Enam s'est détachée la
formation du personnel diplomatique, avec la création de l'Institut des
Relations Internationales du Cameroun, Iric, tandis qu'était
incorporées d'autres formations, les douanes, les impôts, etc.

La qualité : un manquement dès le départ
On
peut, en imitation à un écrivain français, dire que, dès le départ, "
l'Enam était mal partie ". D'abord, au niveau du recrutement. Les
premières promotions de l'Enam, alors qu'elle s'appelait encore Eca,
étaient constituées de ce qui représentait, certes, la crème de la
société coloniale, côté des indigènes, mais de personnages au cursus
universitaire des plus sommaires. On y retrouvait, pêle-mêle, des "
moniteurs indigènes ", c'est-à-dire des maîtres d'écoles indigènes, des
"conducteurs agricoles indigènes ", des brigadiers de police indigènes,
des aides soignants indigènes, des préposés des PTT, des greffiers
indigènes, etc. Pour tout dire, rien de bien fameux sur le plan de la
formation intellectuelle. Ce sont ces personnes qui sont devenues, à la
fin de leurs formations, des préfets, des Inspecteurs Fédéraux
d'Administration (gouverneurs), des chefs de services, des directeurs,
des directeurs de cabinets puis des secrétaires généraux de ministères,
des conseillers à la présidence, des ministres, des ambassadeurs, etc.

Ensuite, au niveau de la formation. Après une ou deux années passées
localement, les élèves de l'Eca, puis Enam, étaient, au départ, envoyés
en complément de formation en France. Pour les administrateurs civils,
l'établissement d'accueil a d'abord été l'Ecole Nationale de la France
d'Outre-Mer, Enfom, puis, l'Institut International d'Administration
Publique de Paris. En ces lieux, ils n'étaient nullement mêlés aux
Français, qui eux étaient formés ailleurs, notamment à l'Ena. Leurs
camarades étaient d'autres africains issus, comme eux, des écoles
d'administration de leurs pays respectifs. Seuls les enseignants
étaient des Français. En clair, ils allaient achever leurs formations
en France, mais, dans une école pour Africains, sans avoir pour
camarades de classes des Français. Enfin, ils étaient affectés dans des
préfectures à travers le territoire français, et rédigeaient un mémoire
de fin de formation, à qui il était généralement attribuée une bonne
note, les Français se dépêchant de les faire retourner dans leurs pays
d'origine – un peu pour s'en débarrasser – étant entendu qu'ils
n'étaient ni préparés ni destinés à exercer leur métier en France.
Plus tard, le séjour en France a été supprimé. Actuellement, tout le cursus se déroule au Cameroun.

Licenciés, bacheliers, brevetés, certifiés : même classe
Avec
le temps, on aurait pu penser que le recrutement de l'Enam allait
s'améliorer, que non ! On a plutôt institué deux catégories d'élèves.
Ceux originaires de régions "fortement scolarisées ", et ceux recrutés
dans les régions " faiblement scolarisées ", classification chère à
Ahmadou Ahidjo. Ce qui s'est traduit par une double liste : liste A et
B. Quelle a été la conséquence de cette discrimination voulue positive
? Dans les mêmes classes, se retrouvaient des élèves titulaires de la
licence, d'autres du baccalauréat, d'autres du brevet d'études du
premier cycle, et enfin, du certificat d'études primaires et
élémentaires. On image aisément quel casse-tête cela devait représenter
pour les enseignants le fait de dispenser des cours dans de telles
salles de classes. A la sortie, naturellement, tout le monde avait le
même diplôme. Et il ne s'opérait plus de discrimination au moment des
affectations. Bien plus grave, il arrivait fréquemment que, plus tard,
des diplômés de cette école, titulaires de la licence, se retrouvent
sous les ordres de leurs camarades titulaires du certificat d'études
primaires et élémentaires. Une aberration.

La conséquence de
cet état de chose ne s'est pas fait attendre. Tout au long des années
70, les bons élèves des classes de terminales, sans parler de ceux qui
passaient brillamment leur licence, se sont mis à bouder le concours
d'entrée dans cette école au rabais. Celle-ci ne s'est mise à recruter,
ainsi, que les " tomes 2,3,4 ", c'est-à-dire des élèves qui avaient
déjà échoué le baccalauréat ou le passage en deuxième année de faculté
ou la licence plusieurs fois. En un mot, les mauvais élèves des lycées
et collèges, ou de la fac. Ces derniers (au sens figuré et propre du
terme) sont aujourd'hui, pour la plupart, des administrateurs civils de
" classe exceptionnelle " en train d'aller à la retraite, et ont exercé
les plus hautes fonctions dans la République. Quoi de surprenant qu'ils
aient conduit le Cameroun à la faillite actuelle ? Les bons élèves
présentaient le concours du Cuss, de l'Ecole Polytechnique, de l'Ecole
Normale Supérieure, de l'Ecole d'agronomie de Nkolbisson,
s'inscrivaient en doctorat, ou obtenaient des bourses pour continuer à
se former dans des universités à l'étranger : France, Etats-Unis
d'Amérique, Allemagne Fédérale, Union Soviétique, Belgique, Canada,
etc.

Le renouveau : avènement de l'argent et apparition des listes
Avec
le régime du renouveau, la discrimination qui s'opérait à travers les
fameuses listes A et B a pris fin. Mais, elle a aussitôt été remplacée
par quelque chose de tout aussi pernicieux : l'achat du concours
d'entrée, l'homosexualité et les "listes ". D'abord, avec l'expansion
économique qui a caractérisé la fin des années 70, et à la faveur de
laquelle a vu le jour une fonction qui rendait immédiatement riche dans
les ministères quiconque l'exerçait, "D.A.G.", les bons élèves ont
commencé à lorgner progressivement le concours de l'Enam, ne le
délaissant plus à leurs camarades qui étaient des nuls. Ensuite, avec
l'avènement de la crise économique, concomitante à la naissance du
régime du renouveau, les sociétés parapubliques, qui assuraient de bons
salaires à leur personnel, s'écroulant toutes les unes après les
autres, l'Enam est devenue une école plus que convoitée. Après tout,
les rapines d'un " D.A.G. ", d'un inspecteur du trésor ou des impôts,
équivalent bien, voire même surpassent de loin, les revenus d'un cadre
de l'Oncpb, de la Camair ou du Cnce.

Le nombre de candidats à
son concours d'entrée s'est mis à enfler d'année en année, tant et si
bien que les places ont commencé à se vendre au marché noir : 500.000
francs, un million, voire même plus. Et de nouveau, les cancres ont
recommencé à accéder, en priorité, à l'Enam, le portefeuille, et non la
matière grise, établissant désormais la sélection entre les candidats.
Ce n'est pas tout, l'Enam est également devenue un haut lieu de
recrutement pour les cercles ésotériques, d'une part, et pour les
homosexuels au pouvoir. La technique est simple. Les recruteurs font
savoir aux futurs "autorités" que, pour qu'elles le deviennent
effectivement, elles doivent en payer le prix. Une " marche arrière "
et un pacte sur des ossements humains en présence de nombreux "fraters
", et un avenir radieux est garanti. Enfin, le procédé des " listes "
est apparu. Pour chaque concours, des listes d'admis, par avances, sont
dressées à divers niveaux de la République : Présidence, Assemblée
nationale, Premier ministère, Comité central du Rdpc, etc. Résultat,
les vrais admis se retrouvent éliminés au bénéfice de ceux des
candidats dont les noms figurent sur les différentes listes.

L'Ena a redressé la France : l'Enam a Coulé le Cameroun
Il
faudrait bien rappeler une chose : l'Ecole Nationale d'Administration
en France, ENA, qui a servi de modèle à l'Enam au Cameroun, avait été
créée à la fin de la deuxième guerre mondiale dans le but de doter
l'administration française de cadres performants destinés à redresser
économiquement et politiquement la France. C'était en 1945. Il
s'agissait également, pour le gouvernement français, d'assurer une
formation unique pour les fonctionnaires responsables de la haute
administration. Jusqu'à lors, chaque ministère se chargeait de la
formation de ses cadres. Le moins que l'on puisse dire, est que l'Ena,
en France, a rempli convenablement sa mission. Ruinée et dévastée en
1945, les diplômés de l'ENAM ont admirablement bien reconstruit la
France et lui ont fait reconquérir son rayonnement international. La
France est membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies, détient la
bombe atomique depuis 1960, place des satellites sur orbite, construit
des sous-marins nucléaires, etc.

Qu'en est-il des diplômés de
l'ENA locale, ou " indigène ", à savoir l'ENAM ? Pour ce qui les
concerne, point n'est besoin d'être un savant, ces excellences ont
conduit le pays à la faillite actuelle : deux fois champion du monde de
la corruption ; disparition totale de la scène internationale ;
faillite de toutes les entreprises d'Etat ; fraudes électorales
massives, etc. Inutile de décrire le Cameroun que les diplômés de
l'Enam ont bâti en 49 ans d'indépendance. Ce n'est pas demain que nous
seront dotés d'une bombe atomique. Ce n'est non plus demain que le
Cameroun qu'ils ont construit fabriquera son premier engin spatial. Que
dire simplement de sa première automobile ? Ils nous ont conduit dans
le fossé avec leurs histoires de développement par les champs de
manioc, d'arachide et de macabo. Ils nous ont fait croire que nous
serons un grand pays respecté dans le monde à travers la " révolution
verte ". C'est à croire qu'ils n'ont pas pu se rendre compte d'une
vérité fondamentale, à savoir que l'histoire de l'humanité ne fournit
aucun exemple de pays, nous insistons sur aucun, qui soit devenu
développé grâce aux GIC, aux hectares de bananes plantains, aux
plantations d'hévéa. C'est l'industrie qui rend les pays puissants,
crée des emplois, apporte la prospérité. Mais, de ça, à l'évidence,
vautrés dans leurs rutilantes " CA ", les " Enamistes " n'en ont cure…

Par Enoh Meyomesse *
* Ecrivain et
homme politique

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