On Life, love and Politics

"Random musings about Life, love and Politics. Just my open diary on the events going on in the world as I see it."

Dépigmentation : les enfants aussi December 4, 2009

Filed under: Society/Societe — kikenileda @ 10:41 AM

Certains
parents africains utilisent des crèmes pour éclaircir la peau de leurs
enfants. La pratique est motivée par un souci esthétique. Une
coquetterie que l’on tait jusqu’à ce que des complications surviennent.
« Enfant, j’étais très noire, se souvient Nathalie*, une Gabonaise de
34 ans installée depuis quelques années en France. Ma mère
s’éclaircissait la peau et je contrastais beaucoup avec elle. Dans la
rue, on lui disait même : “On dirait que ce n’est pas toi sa mère.”
Alors quand j’ai eu environ 8 ans, elle a commencé à verser un peu de
crème éclaircissante dans mon lait corporel. » Même rituel pour sa
cousine du même âge qui vivait avec elle. « Ma mère ne supportait pas
de voir quelqu’un trop noir, poursuit Nathalie, qui ne s’éclaircit plus
la peau depuis cinq ans. Elle ne pouvait pas dormir tant qu’elle ne
nous avait pas mis sur le corps le lait qu’elle avait coupé avec Halog
! » Une crème à base de corticostéroïdes utilisée pour traiter les
inflammations et les prurits.

L’histoire de Nathalie, Isabelle Mananga-Ossey l’a entendue maintes
fois. « Plusieurs jeunes filles m’ont dit que c’est leur mère qui leur
a donné la première crème, indique la présidente-fondatrice de
l’association française Label Beauté Noire. Mais ces mères ne veulent
pas faire du mal : elles n’ont pas conscience que les produits
contiennent des choses qui peuvent rendre malade. »

Pratique opaque

Combien d’enfants sont dépigmentés artificiellement ? Difficile
d’obtenir ne serait-ce qu’une estimation. En France, la plupart des
spécialistes interrogés parlent d’un phénomène « marginal », alors que
d’autres confessent n’avoir jamais entendu parler de la pratique.

En Afrique de l’Ouest, en revanche, les cas sont à la hausse,
affirme le Dr Fatimata Ly, dermatologue et présidente de l’Association
internationale d’information sur la dépigmentation artificielle
(Sénégal). Quant à Isabelle Mananga-Ossey, elle se montre catégorique :
« Le Gabon, les deux Congos, le Cameroun et la Centrafrique sont
gangrénés par ce fléau ! »

Principalement en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest,
beaucoup d’adultes utilisent de dangereux mélanges (javel, mercure,
hydroquinone, corticoïde, verre pillé…) et souffrent de brûlures,
vergetures et autres irruptions cutanées qui peuvent les défigurer. Les
enfants sont-ils sujets à des complications ? Elles seraient très
rares. Pour exemple, le Dr Khady Sy Bizet, spécialiste des peaux noires
à Paris, n’a reçu qu’un seul cas de complication cutanée chez l’enfant
en vingt-deux ans de carrière.

Lait corporel « spécial enfant »

« Les problèmes dermatologiques sont moins sévères parce que la
quantité de dépigmentant utilisée est moins importante », commente le
Dr Fatimata Ly. Elle souligne cependant que l’abus de cortisone peut
dérégler les glandes endocrines, qui sécrètent des hormones. Or « les
effets secondaires sont plus rapides chez l’enfant que chez l’adulte
parce que la peau n’est pas mature », avertit le Dr Khady Sy Bizet.

Pour éviter le pire, certains parents utilisent des produits « haut
de gamme », supposés moins dosés en agents éclaircissant agressifs. Une
tendance à laquelle se sont adaptées des marques comme HT26. Nathalie
confie en effet qu’elle déboursait entre 15 000 et 22 000 FCFA (entre
23 et 30 euros environ) pour acheter, en pharmacie ou en grande
surface, la grande bouteille de lait corporel HT26 « spécial enfant ».

Autre stratégie : masser son ventre de femme enceinte avec des
produits dépigmentants. « Les dermocorticoïdes passent la barrière
cutanée et vont dans le sang. Les futures mères se disent donc qu’en
les utilisant leur enfant sera plus clair à la naissance », confie
Isabelle Mananga-Ossey. C’est compter sans le risque de fausse couche.
Ou le retentissement sur la taille de l’enfant à la naissance, note le
Dr Antoine Mahé, dermatologue au centre hospitalier de Meaux et auteur
du livre Dermatologie sur peau noire.

Sélection biologique

Une chose est sûre, si la dépigmentation des adultes est un secret
bien gardé, celle des enfants est carrément taboue. En Afrique mais
également en France, où la mairie de Paris a lancé le 5 novembre une
campagne sur les dangers de la dépigmentation. « J’ai reçu il y a
quelques années un couple de Congolais [Brazzaville] qui
s’éclaircissaient la peau et mettaient un peu de produit à leur bébé.
Je leur ai dit d’arrêter, et je ne les ai plus revus », raconte le Dr
Antoine Petit, dermatologue à l’hôpital Saint-Louis de Paris.

En Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest, la clarté du teint est
signe de beauté ou encore de réussite sociale. Mais dans l’Hexagone,
c’est, pense-t-on, un levier d’intégration. « Il y a une grande
pression à la conformité pour échapper au racisme, à la discrimination
», analyse Ferdinand Ezembe, docteur en psychologie.

Pour que l’enfant ait de meilleures chances, des parents se
ravitaillent donc en crèmes éclaircissantes. Notamment à
Strasbourg-Saint-Denis et à Château-Rouge, deux quartiers parisiens à
forte concentration africaine. Des femmes vont même plus loin. « Elles
pratiquent la sélection biologique, révèle Ferdinand Ezembe. Elles
cherchent des partenaires clairs de peau, en se disant que leur enfant
aura 50 % de chances en plus de réussir dans la vie. »

*Le prénom a été changé.

Jeune Afrique

Certains
parents africains utilisent des crèmes pour éclaircir la peau de leurs
enfants. La pratique est motivée par un souci esthétique. Une
coquetterie que l’on tait jusqu’à ce que des complications surviennent.
« Enfant, j’étais très noire, se souvient Nathalie*, une Gabonaise de
34 ans installée depuis quelques années en France. Ma mère
s’éclaircissait la peau et je contrastais beaucoup avec elle. Dans la
rue, on lui disait même : “On dirait que ce n’est pas toi sa mère.”
Alors quand j’ai eu environ 8 ans, elle a commencé à verser un peu de
crème éclaircissante dans mon lait corporel. » Même rituel pour sa
cousine du même âge qui vivait avec elle. « Ma mère ne supportait pas
de voir quelqu’un trop noir, poursuit Nathalie, qui ne s’éclaircit plus
la peau depuis cinq ans. Elle ne pouvait pas dormir tant qu’elle ne
nous avait pas mis sur le corps le lait qu’elle avait coupé avec Halog
! » Une crème à base de corticostéroïdes utilisée pour traiter les
inflammations et les prurits.

L’histoire de Nathalie, Isabelle Mananga-Ossey l’a entendue maintes
fois. « Plusieurs jeunes filles m’ont dit que c’est leur mère qui leur
a donné la première crème, indique la présidente-fondatrice de
l’association française Label Beauté Noire. Mais ces mères ne veulent
pas faire du mal : elles n’ont pas conscience que les produits
contiennent des choses qui peuvent rendre malade. »

Pratique opaque

Combien d’enfants sont dépigmentés artificiellement ? Difficile
d’obtenir ne serait-ce qu’une estimation. En France, la plupart des
spécialistes interrogés parlent d’un phénomène « marginal », alors que
d’autres confessent n’avoir jamais entendu parler de la pratique.

En Afrique de l’Ouest, en revanche, les cas sont à la hausse,
affirme le Dr Fatimata Ly, dermatologue et présidente de l’Association
internationale d’information sur la dépigmentation artificielle
(Sénégal). Quant à Isabelle Mananga-Ossey, elle se montre catégorique :
« Le Gabon, les deux Congos, le Cameroun et la Centrafrique sont
gangrénés par ce fléau ! »

Principalement en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest,
beaucoup d’adultes utilisent de dangereux mélanges (javel, mercure,
hydroquinone, corticoïde, verre pillé…) et souffrent de brûlures,
vergetures et autres irruptions cutanées qui peuvent les défigurer. Les
enfants sont-ils sujets à des complications ? Elles seraient très
rares. Pour exemple, le Dr Khady Sy Bizet, spécialiste des peaux noires
à Paris, n’a reçu qu’un seul cas de complication cutanée chez l’enfant
en vingt-deux ans de carrière.

Lait corporel « spécial enfant »

« Les problèmes dermatologiques sont moins sévères parce que la
quantité de dépigmentant utilisée est moins importante », commente le
Dr Fatimata Ly. Elle souligne cependant que l’abus de cortisone peut
dérégler les glandes endocrines, qui sécrètent des hormones. Or « les
effets secondaires sont plus rapides chez l’enfant que chez l’adulte
parce que la peau n’est pas mature », avertit le Dr Khady Sy Bizet.

Pour éviter le pire, certains parents utilisent des produits « haut
de gamme », supposés moins dosés en agents éclaircissant agressifs. Une
tendance à laquelle se sont adaptées des marques comme HT26. Nathalie
confie en effet qu’elle déboursait entre 15 000 et 22 000 FCFA (entre
23 et 30 euros environ) pour acheter, en pharmacie ou en grande
surface, la grande bouteille de lait corporel HT26 « spécial enfant ».

Autre stratégie : masser son ventre de femme enceinte avec des
produits dépigmentants. « Les dermocorticoïdes passent la barrière
cutanée et vont dans le sang. Les futures mères se disent donc qu’en
les utilisant leur enfant sera plus clair à la naissance », confie
Isabelle Mananga-Ossey. C’est compter sans le risque de fausse couche.
Ou le retentissement sur la taille de l’enfant à la naissance, note le
Dr Antoine Mahé, dermatologue au centre hospitalier de Meaux et auteur
du livre Dermatologie sur peau noire.

Sélection biologique

Une chose est sûre, si la dépigmentation des adultes est un secret
bien gardé, celle des enfants est carrément taboue. En Afrique mais
également en France, où la mairie de Paris a lancé le 5 novembre une
campagne sur les dangers de la dépigmentation. « J’ai reçu il y a
quelques années un couple de Congolais [Brazzaville] qui
s’éclaircissaient la peau et mettaient un peu de produit à leur bébé.
Je leur ai dit d’arrêter, et je ne les ai plus revus », raconte le Dr
Antoine Petit, dermatologue à l’hôpital Saint-Louis de Paris.

En Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest, la clarté du teint est
signe de beauté ou encore de réussite sociale. Mais dans l’Hexagone,
c’est, pense-t-on, un levier d’intégration. « Il y a une grande
pression à la conformité pour échapper au racisme, à la discrimination
», analyse Ferdinand Ezembe, docteur en psychologie.

Pour que l’enfant ait de meilleures chances, des parents se
ravitaillent donc en crèmes éclaircissantes. Notamment à
Strasbourg-Saint-Denis et à Château-Rouge, deux quartiers parisiens à
forte concentration africaine. Des femmes vont même plus loin. « Elles
pratiquent la sélection biologique, révèle Ferdinand Ezembe. Elles
cherchent des partenaires clairs de peau, en se disant que leur enfant
aura 50 % de chances en plus de réussir dans la vie. »

*Le prénom a été changé.

Jeune Afrique

 

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