On Life, love and Politics

"Random musings about Life, love and Politics. Just my open diary on the events going on in the world as I see it."

Modification constitutionnelle: Vers la réinstauration du poste de vice-président de la République August 19, 2009

Filed under: Politics/Politique — kikenileda @ 10:42 PM

Le problème le plus difficile ne sera pas
la modification de la constitution mais de trouver l'homme ou la femme
anglophone ou un originaire du Grand Nord pour occuper ce poste.

Echaudés par ce qui s'est "passé en Côte d'Ivoire après le décès de
Félix Houphouët Boigny en 1993, au Togo après la mort brusque d'Etienne
Eyadema Gnassingbe où son fils Faure a pris le pouvoir après un
simulacre d'élection en avril 2005 et inquiets de ce qui pourrait se
passer au Gabon si Ali Ben Bongo Ondimba gagne le scrutin présidentiel
du 30 août courant, succédant ainsi à son père El Hadj Omar Bongo
Ondimba décédé le 8 juin 2009 après 42 ans de règne absolu, la droite
française et son corollaire que sont les milieux d'affaires veulent
d’une transition démocratique paisible au Cameroun dans le seul but de
préserver leurs intérêts.



Paul Biya a accepté cette proposition que lui a faite le président
français en émettant quelques réserves de fond. Comment sera effectuée
cette modification de la Constitution pour réintroduire le poste de
vice-président qui a déjà existé au Cameroun quand l'Etat était fédéral
et qui avait été occupé par John Ngu Foncha. Il sera peut être fait par
référendum ou par l'Assemblée nationale.

La formule référendaire ne passera pas pour éviter le syndrome
nigérien où le forcing du président Mamadou Tanja conduit le pays tout
droit dans le mur. L'autre argument pour rejeter le référendum est
qu'il coûte cher et que l'argent ainsi dépensé pourrait servir à autre
chose. Il restera donc la seule voie parlementaire.

Il n'est donc pas exclu que dans les semaines et les mois à venir
l'Auguste chambre ait à se pencher sur le sujet. Et le Rdpc étant
majoritaire, il votera pour cette modification. Mais il se posera
plusieurs questions de taille qui ne feront pas parfois l'unanimité au
sein même du Rdpc au pouvoir: le statut du vice-président, le poste de
Premier ministre sera-t-il conservé ou supprimé, etc., mais le plus
grand problème sera l'origine du colistier de Paul Biya pour l'élection
présidentielle anticipée du 2010. A moins que…ce ne soit le président
élu qui nomme le vice-président.

Incohérences

Paul Biya qui a une bonne formation en droit et en sciences
politiques a déjà commencé à revisiter les anciennes constitutions du
Cameroun, surtout celle de l'Etat fédéral qui a régi le pays de 1961 au
20 mai 1972, date à laquelle le Cameroun est devenu un Etat unitaire
sous la volonté unique d’Ahmadou Ahidjo.

Biya a, ou va consulter les spécialistes camerounais du droit
constitutionnel. Il va également consulter comme il l'a déjà fait dans
le passé les spécialistes français dans ce domaine. On se rappelle que
pour mettre en place la constitution inachevée de 1996, le chef de
l'Etat avait dû avoir recours à l'expertise hexagonale.

Certains problèmes pourraient surgir au cours de cette révision
constitutionnelle telle que la forme de l'Etat. De 1961 au 20 mai 1972,
l'Etat était fédéral et s'accommodait fort bien d'un vice-président.
Ahmadou Ahidjo étant francophone, le vice-président était
automatiquement anglophone. Aujourd'hui, le Cameroun est un Etat
unitaire décentralisé. Va-t-on conserver la même forme de l'Etat en
instaurant une vice-présidence ?

Quels seront les pouvoirs du vice-président ? Va-t-on fonctionner
comme dans le système américain où le vice-président n'a aucun pouvoir,
tous les pouvoirs exécutifs étant concentrés entre les mains du
président alors que tous les deux sont élus sur un même ticket ?
Va-t-on conserver le poste de Premier ministre chef du gouvernement
comme c'est le cas actuellement, va-t-on lui donner un autre contenu ou
va-t-on le dissoudre purement et simplement ? A moins de faire comme au
Zimbabwe de Robert Mugabe où il y a un président de la République, des
vice-présidents, un Premier ministre. Voilà autant de problèmes
auxquels devront faire face les constitutionnalistes et autres
politologues en travaillant sur les textes qui seront ensuite déposés
sur le bureau de l'Assemblée nationale. Du travail en perspective pour
Joseph Owona, Augustin Kontchou Kouomegne, Maurice Kamto, Pierre
Moukoko Mbonjo, Bipoum Woum et bien d'autres personnalités du Rdpc.

Complications opérationnelles

La grande question : qui sera le vice-président ou le colistier de
Paul Biya au sein du Rdpc ? Au Nigeria voisin, le parti au pouvoir a
fait simple: quand le candidat titulaire est originaire du Sud de la
fédération, son colistier est du Nord et vice-versa. C'est ainsi que le
Pdp (People's Democratic Party) au pouvoir, a présenté à l'élection
présidentielle de 1999 ainsi qu'à celle de 2003 un ticket comprenant
comme candidat titulaire un Yoruba, Sud Ouest du Nigeria, le chrétien
Olusegum Obasanjo et Aboutokar Attiku, un musulman du Nord de la
fédération comme vice-président. De même à l'élection présidentielle
d'avril 2007, le Pdp a présenté comme candidat titulaire l'actuel
président, nigerian, Umaru Mussa Yar’Adua et un homme du Sud-Est, pays
Ibo, comme colistier.

Ce scénario bien huilé chez notre grand voisin est-il possible chez
nous ? C'est là où les choses coincent. Si l'on tient compte de
l'exemple nigérian ou du système Nord-Sud mis en place par les Français
et Ahmadou Ahidjo, Paul Biya devrait choisir pour colistier un
originaire du Grand Nord. Ce qui n'est pas évident compte tenu du
contexte sociopolitique actuel fait de luttes de positionnement, de
calculs mesquins et tribalistes sans oublier le putsch manqué d'avril
1984 perpétré contre Paul Biya par des éléments du Grand Nord. Et sans
surtout oublier la composante anglophone du pays qui est dans son bon
droit de revendiquer ce poste de vice-président qui a un statut de
dauphin.

La situation est très délicate pour Biya qui ne peut mettre à ce
poste quelqu'un de l'ère culturelle Fang-Beti. Ainsi seraient donc
exclus de ce poste les Bulu, les Ewondo, les Eton et autres Manguissa,
etc. D'autres personnes pensent même qu'il faut exclure les originaires
des régions du Centre, du Sud et de l'Est même si elles sont peuplées
par d'autres ethnies que les Beti: Bassa, Bafia, Tikar, Babouté, Banen,
Maka, etc. Ce problème s'est déjà posé quand Biya a nommé Emmanuel René
Sadi comme Secrétaire général du Rdpc en avril 2007. Les Beti voulaient
le poste à l'instar de Grégoire Owona, actuel secrétaire
général-adjoint et par ailleurs ministre délégué à la présidence de la
République chargé des relations avec les assemblées.

Beaucoup d'autres ethnies ou régions voulaient le poste mais Biya
avait jeté son dévolu sur René Sadi, un Babouté du Centre, département
du Mbam et Kim dont l'ethnie se retrouve également dans la région de
l'Adamaoua d'où elle est originaire et de l'Est du pays. Biya peut-il
utiliser le même argument, le même raisonnement que Sadi appartient à
une ethnie qui est présente dans trois régions du pays pour le désigner
comme vice-président, sachant que pendant l'élection présidentielle
Sadi pourrait faire voter pour le Rdpc une bonne frange des électeurs
de l'Adamaoua plus enclins à voter l'Undp de Maïgari Bello Bouba, le
leader de ce parti de l'opposition allié au Rdpc et ministre d'Etat en
charge du Transport dans l'actuel gouvernement ?

Calculs politiciens sous jacents

Si le poste de vice-président vient à être créé, le Grand Nord fera
entendre sa voix. Car selon certains nostalgiques de l'axe Nord-Sud,
originaires du Grand Nord, il devrait leur revenir étant donné que son
détenteur est considéré comme le successeur constitutionnel de l'actuel
chef de l'Etat, Paul Biya. Un peu comme ce même Biya, Premier ministre
de 1975 à 1982, était selon la constitution de cette époque successeur
constitutionnel du président Ahmadeu Ahidjo.

Les prétendants sont nombreux dans le Grand Nord. On peut citer
pêle-mêle Amadou Ali, Cavaye Yeguié Djibril, Marafa Hamidou Yaya, etc.
On oublie une chose: Biya, s'il lui arrivait de nommer un originaire du
Grand Nord ne pourra pas nommer un Peulh musulman ou quelqu'un du
département de la Bénoué (celui d'origine d'Ahmadou Ahidjo et de
Marafa) mais plutôt un originaire de l'Extrême Nord non peulh et
chrétien. Le choix pourrait ainsi être porté sur Luc Ayang, un Toupouri
chrétien de l'Extrême Nord, actuel président du Conseil économique et
social depuis une vingtaine d'années et qui a été Premier ministre de
Biya dans les années 80. Ceci pour tenir compte du poids démographique
de non peulh, très écrasant dans cette partie de notre pays. Comment
vont se comporter les députés du Grand Nord à cette session
parlementaire? Il est difficile de le savoir à l'heure actuelle, mais
les débats seront houleux au sein du Rdpc toutes régions et ethnies
confondues.



Les Anglophones du pays ne seront pas en reste, eux qui estiment
qu'il est temps qu'ils occupent – à raison – le palais d'Etoudi après
les longs règnes d'Ahmadou Ahidjo (1960-1982) au Grand Nord et Paul
Biya du Grand Sud de 1982 à nos jours, soit 27 ans. Pourront-ils être
entendus ? Oui si cela dépendait du seul Biya, mais ses maîtres
français qui lui ont suggéré cette modification verraient d'un très
mauvais œil qu'un Camerounais d'expression anglaise assume un jour une
transition démocratique. Ce qui pour les Français signifierait livrer
le Cameroun avec ses immenses richesses du sous-sol aux pays
anglo-saxons que sont les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Pour
échapper ou contourner les prétentions du Grand Nord de revenir au
pouvoir, Biya peut bien remettre le pouvoir aux Anglophones un jour,
n'eût été l'obstacle français.

Fin politique, Biya qui ne veut pas à tout prix que le pouvoir
revienne au Grand Nord pourrait être tenté de jouer la carte Sawa. En
effet, beaucoup de Camerounais ne verraient pas d'un mauvais œil un
Duala pur souche, un Yabassi, un Abo, un Pongo, un Mbo, un Bakoko
occuper le poste de vice-président et plus tard de président de la
République. Un Duala chef de l'Etat, cela pourrait calmer les
Anglophones de la région du Sud-Ouest, car une bonne frange des
originaires de cette partie du pays sont de la même aire
socioculturelle que les Duala. Wait and see.

 

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s