On Life, love and Politics

"Random musings about Life, love and Politics. Just my open diary on the events going on in the world as I see it."

Révolte à la Sosucam : Les gendarmes sautent sur un village August 16, 2009

Filed under: Politics/Politique — kikenileda @ 9:13 AM

Gendarmes1

Ils ont réussi à libérer le directeur de l'usine de Mbandjock. Gaétan Zuel fait le récit de son enlèvement.


Mercredi
je me trouvais à l'usine comme les autres jours. Tout semblait aller
normalement quand en fin de matinée, je reçois un appel téléphonique me
signalant que la chaudière manquait de l'eau et qu'elle pouvait
s'arrêter à tout moment. La chaudière étant essentielle dans la
production du sucre ; si elle tombe en panne pour défaut d'eau surtout,
c'est la production d'une année que l'entreprise perd ainsi. Je
constate curieusement que je ne pouvais pas accéder facilement à la
chaudière, des véhicules et autres engins avaient bloqué les portes
d'entrée et de sortie.


Je parviens tout de même à sortir de là grâce à
un autre véhicule de l'entreprise. C'est lorsque je parviens au niveau
de la chaudière, constatant qu'il n'y avait rien d'anormal que je
comprends qu'il s'agissait d'un piège pour me tirer hors de l'usine. La
personne qui m'avait tendu ce piège était un parfait connaisseur des
lieux et de son système de fonctionnement. Le chef d'entretien qui
m'accompagnait ne se rendait compte de rien lui aussi. Nous traversions
les champs des cannes à sucre lorsque subitement des gens sortent de
tous les côtés de la forêt, armés de machettes bien aiguisées et des
gourdins. Ils se mettent en travers de la voie pour nous obliger à nous
arrêter. Ils m'extraient du véhicule et m'ordonnent de m'asseoir à même
le sol.

Ancêtres
C'est une position qu'il faut
éviter de prendre en pareille situation, car les ravisseurs se
montreront davantage supérieurs. J'ai donc refusé de m'asseoir. Le plus
nerveux de mes ravisseurs a crié fort sur moi : "Vous les Blancs vous
avez volé les terres de nos ancêtres pour vos usines". Les autres
reprenaient ce cri en cœur. Je ne me laissais pas démonter, j'ai
répliqué que je n'étais pas un Blanc, mais un Noir de Maurice.
Pour
les distraire en espérant voir éventuellement les forces de l'ordre
arriver, je leur ai dit que j'avais très faim et souhaitais que l'un
des ravisseurs se rende au centre ville m'acheter du pain. Je lui ai
remis un billet de 2000 francs. A peine était-il revenu qu'il m'ordonna
de leur remettre les clés de la voiture ; face à mon refus ils
m'obligèrent de démarrer le véhicule vers une destination inconnue.

Ceux
qui pouvaient partir avec moi me conduisirent dans une concession qui
semblait être celle d'un chef. Je me rendis compte qu'il s'agissait de
la concession du chef de groupement de Ndo, l'un des grands groupements
qui cernent l'usine de Mbandjock. Le chef apparemment n'était pas au
courant qu'on allait lui amener un colis aussi encombrant. Comme chefs
d'accusation, mes ravisseurs répètèrent que les Blancs avaient volé les
terres de leurs ancêtres, et que par ailleurs la direction de la
société s'était permise de licencier le seul cadre de Ndo qui
travaillait à Sosucam. Ma libération était conditionnée surtout par la
réintégration de cet employé dans les effectifs de l'entreprise. Il ne
me revenait pas de prendre un tel engagement. Comment se débarrasser de
moi puisque le chef ne tenait pas à me garder en otage ?

Nous
sommes repartis vers une autre destination. Nous étions dans une zone
sans réseau de téléphone dans un premier temps. Ils ne m'avaient pas
retiré le téléphone. Quand je teste une nouvelle fois le réseau, il
était accessible ; je fais un signe discret. Depuis mon enlèvement,
toutes les autorités de la localité étaient informées. Le sous préfet
M. Ekéa qui a beaucoup travaillé, avait demandé le renfort des forces
de la gendarmerie de Nkoteng ; les éléments de l'escadron sont venus
renforcer ceux de Mbandjock ; le sous préfet en tête, une battue a été
lancée dans les champs, la forêt et les maisons. A un détour, nous nous
sommes retrouvés face aux forces de l'ordre. L'aventure de mon
enlèvement s'est achevée après quelques heures de cachette, de courses
et de dialogue de sourds. Mes ravisseurs ne m'ont violenté ; je dirai
même qu'ils m'ont bien traité.

Image
Ce que je retiens
de cette triste aventure est qu'elle n'est pas de nature à blanchir
l'image du Cameroun au niveau international. Ce pays n'a pas besoin de
ce genre d'acte surtout en ce moment. Imaginez un homme d'affaire qui
voudrait se rendre au Cameroun pour prospecter les possibilités
d'investissement, il n'oserait plus le faire en apprenant qu'il
mettrait de l'argent dans un pays où les industriels sont susceptibles
d'être enlevés !
Nous rappelons que la révolte à Sosucam a commencé
mardi avec le blocage de l'usine suite au licenciement de deux
personnes (Lire Mutations No2466 de jeudi 2009.

Propos recueillis par Xavier Messè

 

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